J’ai rencontré Le bateleur en la personne de Benoît.
C’était en 1980 en Gréce j’ai croisé ce jeune belge dans un petit village crétois : Pitsidia.
Il parlait et écrivait onze langues dont le grec moderne et ancien.
C’était un sang bleu, issu d’une vieille noblesse rigide, cupide, égoïste selon ses dires.
Benoît était un garçon un peu plus âgé que moi, il avait déjà pas mal roulé sa bosse, parti très jeune de chez lui, il avait acquis la maturité des voyageurs sans peur et sans reproche.
Nous sommes rapidement devenus des amis, nos curiosités se confondaient. (Lire la suite…)
Vous revoilà professeur. On se doit à la Société, m’avez-vous dit; vous faites partie des corps enseignants : vous roulez dans la bonne ornière. – Moi aussi, je suis le principe : je me fais cyniquement entretenir;
je déterre d’anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en parole, je le leur livre : on me paie en bocks et en filles. Stat mater dolorosa, dum pendet filius.
- Je me dois à la Société, c’est juste, – et j’ai raison. – Vous aussi, vous avez raison, pour aujourd’hui.
Au fond, vous ne voyez en votre principe que poésie subjective: votre obstination à regagner le râtelier universitaire, – pardon! – le prouve ! Mais vous finirez toujours comme un satisfait qui n’a rien fait, n’ayant voulu rien faire.
Sans compter que votre poésie subjective sera toujours horriblement fadasse. Un jour, j’espère, – bien d’autres espèrent la même chose, – je verrai dans votre principe la poésie objective, je la verrai plus sincèrement que vous ne le feriez!
- Je serai un travailleur : c’est l’idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris – où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris! Travailler maintenant, jamais, jamais ; je suis en grève.
Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi? Je veux être poëte, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer.
Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poëte, et je me suis reconnu poëte. Ce n’est pas du tout ma faute.
C’est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. – Pardon du jeu de mots.
JE est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu’ils ignorent tout à fait!
Vous n’êtes pas enseignant pour moi. Je vous donne ceci : est-ce de la satire, comme vous diriez? Est-ce de la poésie? C’est de la fantaisie, toujours.
- Mais, je vous en supplie, ne soulignez ni du crayon, ni trop de la pensée :
Le Coeur supplicié
Mon triste coeur bave à la poupe….
Mon coeur est plein de caporal !
Ils y lancent des jets de soupe,
Mon triste coeur bave à la poupe…
Sous les quolibets de la troupe
Qui pousse un rire général,
Mon triste coeur bave à la poupe
Mon coeur est plein de caporal !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé ;
A la vesprée, ils font des fresques
Ithyphalliques et pioupiesques ;
? flots abracadabrantesques,
Prenez mon coeur, qu’il soit sauvé !
Ithyphalliques et pioupiesques
Leurs insultes l’ont dépravé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques :
J’aurai des sursauts stomachiques
Si mon coeur triste est ravalé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô coeur volé ?
………………………..
Ca ne veut pas rien dire. REPONDEZ-MOI : chez M. Deverrière, pour A. R. Bonjour de coeur,
Et la mère, fermant le livre du devoir,s’en allait satisfaite et très fière sans voir,
dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,l’âme de son enfant livrée aux répugnances.
Tout le jour, il suait d’obéissance; très Intelligent; pourtant des tics noirs, quelques traits semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,en passant il tirait la langue, les deux poings à l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe on le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,sous un golfe de jour pendant du toit.
L’été surtout, vaincu, stupide, il était entêté à se renfermer dans la fraîcheur des latrines: Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet derrière la maison, en hiver, s’illunait, gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne.
Et pour des visions écrasant son oeil darne, il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue Sous des habits puant la foire et tout vieillots, conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,sa mère s’effrayait; les tendresses, profondes,
de l’enfant se jetaient sur cet étonnement. C’était bon. Elle avait le bleu regard, – qui ment !
-à sept ans, il faisait des romans, sur la vie du grand désert, où luit la Liberté ravie,forêts, soleils, rios, savanes !
- Il s’aidait de journaux illustrés où, rouge, il regardait des Espagnoles rire et des Italiennes. Quand venait, l’oeil brun, folle, en robes d’indiennes,
- Huit ans, – la fille des ouvriers d’à côté,la petite brutale,et qu’elle avait sauté, Dans un coin, sur son dos, en secouant ses tresses,Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,Car elle ne portait jamais de pantalons;
- Et, par elle meurtri des poings et des talons,remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre. Il craignait les blafards dimanches de décembre,où, pommadé, sur un guéridon d’acajou, Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ; Des rêves l’oppressaient, chaque nuit, dans l’alcôve.
Il n’aimait pas Dieu; mais les hommes, qu’au soir fauve,noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg Où les crieurs, en trois roulements de tambour, Font autour des édits rire et gronder les foules.
- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houlesLumineuses, parfums sains, pubescences d’or, font leur remuement calme et prennent leur essor !
Et comme il savourait surtout les sombres choses, Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,Haute et bleue,âcrement prise d’humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées, de fleurs de chair aux bois sidérals déployées,vertige, écroulement, déroutes et pitié !
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, – seul et couché sur des pièces de toile écrue,
Lui, peut voir la nuit sans rien d’autre que ses yeux fabriqués avec minutie par la nature depuis des siècles ! et lui il vit cela très bien… soit-disant… le hibou.
Les hommes c’est pas pareil, leur regard est puissant et intelligent mais ils ne voient rien la nuit à part des trucs à leurs fourguer qui clignotent.
L’homme voit mieux avec le c?ur c’est bien connu, il faut donc se mettre un hibou à la place du c?ur. J’ai bien peur que cela puisse être mortel!
Comment faire ?
Demandons à nos ancêtres comme ils ont vécus avant nous, ils doivent savoir ! Mais comment leur parler, puisqu’ils sont morts ?
La prière à due être la première attitude instinctive.
Puis, collecter la connaissance, l’écrire, faire des pierres, des images, etc… Tant de connaissances, que chacun peu aisément trouver la sienne. Si tu n’es pas né Hibou, il te reste la connaissance.
Alors, si tu es sincère dans ta démarche et que tu acceptes de communiquer avec l’invisible…
Tu es voyant, certes pas un prophète, mais tu peux voir avec ton c?ur celui de l’autre.
Inutile de prévoir de grandes choses, les petites affaires courantes du quotidien sont largement suffisantes et intéressantes.
Demain, se fabrique hier et se manifeste aujourd’hui. nous vivons dans un passé projeté vers un futur, à une vitesse telle que l’on ne voit plus le présent.
Voir le c?ur de l’autre à la lumière de son présent, c’est chouette.
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